mercredi 1 juillet 2009

D-Day


4h15: réveil serein. après à peine plus de 4h00 de sommeil pour une fois calme, je me lève comme une fleur. JB semble lui aussi en bonne forme et la procédure de départ peut commencer.

4h30: rdv au petit déjeuner. Grâce à Ludi le service a été avancé à 04h00 pour nous permettre de ne pas partir le ventre vide. Nous retrouvons les filles autour d'un bon vieux Gatosport. C'est de bon apetit que nous mangeons. Apparemment pas de ventre noué ce matin.

5h10-15: départ à pieds vers le parc à vélo non sans avoir avalé deux imodium... dix heures ou plus de course avec une déshydratation prévisible peuvent entrainer de sérieux désordres gastriques.

05h35: arrivée dans le parc à vélo. Après le contrôle de sécurité nous nous saluons et nous souhaitons bonne chance. En effet il y de fortes chances que nous ne nous revoyions pas avant un moment, le marathon probablement. Ici c'est déjà l'agitation. Chacun autour de sa machine à gonfler les pneus, vérifier les bidons. Après le passage obligatoire aux toilettes (une queue de 15 min) J'enfile ma combi et me voilà prêt à affronter les flots bleu profond de la Méditerrannée.
Le speaker met l'ambiance et sur un ton calme appel tout le monde à rejoindre la plage.
Ce sont donc 2800 pingouins qui descendent la rampe et vont se placer dans les box de départ en fonction des temps de natation estimés. Je me place donc au moins de 55'. J'y retrouve Florent Roy et nous sommes à côté des pros. Il semble serein lui aussi. JB B est dans le box d'à côté.
Le compte à rebours commence et sans nous en apercevoir nous voilà à H-1'. Les applaudissements saccadés font claquer l'air. Parmi les récipiendaires le silence se fait.

06h30: H, la sirène.
Natation:
Comme d'hab s'est la ruée vers la grande bleue. Je perds Florent de vue. Pourtant je l'avais bien repéré, combi noire, lunettes blanches et bonnet bleu... :s
Jusqu'à la troisième bouée de parcours c'est la grande lessiveuse. Je pars en respi deux temps et ne peux pas passer en trois. Quelques claques reçues certainement une ou deux involontaires distribuées. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire me voilà à la sortie australienne. Les bénévoles (remarquables) nous tirent de l'eau afin d'éviter le shore break. 50 m sur la plage et sans avoir pu repérer ma position par rapport à le tête de la course je replonge dans le bouillon. Vive douleur entre deux orteils. Je crains la coupure sur un hameçon en fait il s'agissait sûrement d'un petit galet. Me voilà parti pour les derniers 1400m. La grande lessive continue malgré ma position (entre 50 et 60ème donc avec des pros). Enfin la sortie de l'eau arrive et je me sens entré dans la course. Globalement un bon moment. Surtout toujours la magie de ce plan d'eau. Bleu, calme, qui porte et avec des paysages magnifiques. La présence des embarcations sur lesquelles prennent place les caméras (voir sport+ le 08 juillet à 17h45 et le 9 juillet à 07h45) et l'hélico qui suit la tête de course. Enfin le public (souvent les familles) qui encourage et respecte l'effort. Qui crie mais ne vocifère pas.

Transition 1:
Montée de la rampe devant la première fille. 56'29. un peu déçu sur le moment mais à postériori ça va. 51ème, à 5 petites minutes de la tête mais pour 4000m. Une bouée a dérivé pendant la nuit...
Je coure, mais tranquille. le sac est vite récupéré. Arrivé sous la tente je me change entièrement pour une tenue de vélo adaptée. Flo, je l'apprendrai plus tard, en profite lâchement pour me doubler. il est sorti 2' derrière moi et repart devant.
Une vraie peau de chamois parce que 180km sur la selle, ça irrite :).
Retrouver son vélo, le saisir et courir. Je croise le tout nouveau ministre et maire de Nice Mr Estrosi qui me harangue par mon prénom (écrit sur le dossard) et note que mon maillot est celui de Toul (mon premier club), chez Mme Morano...
Bref après cet intermède mondain, j'enfourche la machine...

Vélo: 180km
Les vingt premiers km sont plats. Suite à mon expérience cuisante de 2008, je ne m'enflamme pas.
La côte de la Condamine, un mur à près de 15% est avalée en souplesse et l'ascension commence. 30 km de faux plat légèrement montant avalés à allure modérée.
Col de l'Ecre, le juge de paix. 14 km à plus de 7% de moyenne. Ici commencent les choses sérieuses et les premières défaillances. C'est ici que j'ai explosé en 2008. Un peu d'angoisse donc. Vite dissipée. Je monte assis sur la selle, entre 16 et 18km/h et je reprends pas mal de coureurs sur qui la pente et la chaleur commencent à faire des dégâts. Ravitaillement de Gourdon. Les jambes tournent toujours aussi bien. C'est l'euphorie. J'étais à l'agonie ici en 2008, scotché entre 10 et 12 km/h. 45' pour monter, 20 de gagnées et je passe 151ème en haut. Le ravito perso m'attend. je plaisante avec les bénévoles et empoche deux bananes et quelques barres énergétiques. Je me lance sur le plateau et avale la deuxième côte (4% pendant 2km) facilement.
La descente vers le pieds du col de St Pons se fait en solitaire mais j'ai du mal à appuyer sur les pédales sur les gros braquets. Je ne m'inquiète pas, je suis quand même à plus de 50km/h.
Col de St Pons. mauvais souvenir de 2008. Ca s'annonce mieux cette année. Les deux premiers km sont montés entre 18 et 20km/h. Je rattrape Alexandra Louison pourtant une référence en montagne. Et là, c'est le drame. (Les nageurs comprendront), le coup de bambou. de 20 je passe à 12km/h et il reste 5km. L'enfer... Les souvenirs de 2008 remontent et l'idée de l'abandon m'effleure. il reste 75 km... Je ne lâche pas (je l'ai promis à quelqu'un qui se reconnaîtra).
la montée vers le col de Vence ressemble à une descente (37km/h) et vice versa (descente à 27 vent de face).
La descente vers Nice, sinueuse, dangereuse, mal goudronnée est difficile. Je n'arrive toujours pas à appuyer sur les pédales. Je ne perds pas de place mais n'en gagne pas non plus. Dans la vallée, vent de face. Un groupe se forme et la présence d'un juge à moto empêche qu'un peloton se créé. Donc s'est un accordéon qui rallie l'arrivée et qui me lâche pour les 5 derniers km où je n'avance plus (27km/h).
5'41. Pas mal quand même. Mieux en tous cas qu'en 2008. Toutefois la dernière partie St Pons aurait dû m'alerter.

transition 2:
Un bénévole embarque mon vélo dans un parc où à peine 200 vélo sont déjà arrivés.
Le changement de tenu est agrémenté par l'application par une charmante bénévole, de crème solaire. C'est sous les couleurs TDR que je reprends la course et ce qui doit être le dessert, le marathon. Je n'ai toujours vu personne du club.

Course à pieds: Marathon :)
Premier tour, jusque là tout va bien.
les jambes répondent et les 10km5 sont avalés en 50'. Pas mal et cela me laisse espérer une course en un peu moins de 3h30. Ravito à coup de Tuc (envie de sel) et d'eau. Enfin des visages connus (les supportrices de TDR) et Flo qui termine son premier tour quand je m'élance.
deuxième tour, ça va encore.
Moins rapide mais bonnes sensations. je croise Wilfried après le demi tour avant la station service. Moins rapide (56') mais ça va. Je saute un ou deux ravitos...
troisième tour: le drame.
Sans signe avant coureur, juste après le début du troisième tour c'est le voile noir... Je fais un ravito en marchant et impossible de repartir. Sensation de vide... Je vois des étoiles... j'ai froid... j'ai l'impresssion que le sol tremble... je suis obligé de fixer la ligne blanche au sol pour marcher droit... Bref l'hypoglycémie ou du moins ce que j'imagine être une hypo... Je me sens vide. Pour autant je n'envisage pas l'abandon, pas au 20ème km de course alors qu'il n'en reste que 20... Non, même en marchant je le ferai.
Je marche, j'essaie de repartir quand Ludivine m'y force en me rattrapant mais non.
Je marche. je mange du sucre et je bois du coca.
Je marche avec un seul objectif, la ligne. A la fois pour moi mais aussi pour celui qui aurait dû être là.
Je marche.
Je marche jusqu'au 30ème et là l'étincelle...

4ème tour: re-birth
L'étincelle c'est le chrono. 10h22'. Dans une heure je serai à mon temps de 2008... Non je ne peux pas faire pire qu'en 2008 même si je suis moins bien préparé, même si la tête jusque ce matin n'y était pas.
Et je coure!!!!!!
Une heure pour 10,5km. C'est plus que jouable.
Je coure et je repars. je passe les ravitos et je coure. A 500m de l'aéroport je croise Ludi. 1km en 5km à reprendre. C'est faisable et si je peux l'emmener dans mon sillage...
Je coure et j'accélère. demi tour à 10h52'. 30' pour arriver. J'accélère et je remonte les coureurs avec mes trois bracelets au poignet. à 40km j'arrive sur Ludi. elle a baissé son rythme.
Je coure et je la passe en lui disant que je l'attends sur la ligne. Elle ne prend pas ma foulée. Ces 5 derniers km sont un rêve, 27'. Plus vite qu'au 2ème tour...
Je coure et c'est la ligne, je la franchi tranquillement sans effusion mais soulagé. J'enlève ma puce pour re-franchir le portique et attendre Ludi sur la ligne. C'est seulement après que je reçois la médaille...

Ce marathon aura été terrible et bon à la fois. Bon pour les 1er, 2ème et 4ème tours, mais terrible dans le 3ème. Je n'ai jamais été vidé comme ça. J'imaginais les deux ou trois personnes à qui je tiens suivant la course sur le net et pour elles j'ai tenu. Et un peu parce que je ne peux pas abandonner (surtout en course à pieds).

Récup:
Je n'ai pas vomi (et pourtant j'étais content...). Je vais chercher mon T-shirt Finisher (pas vraiment à mon goût) avant d'aller au massage. Je retrouve Florent qui fini superbement son premier Ironman. Sur la table nous nous racontons la course et je me précipite ensuite sur une assiette de poulet, melon, pastèque, chips, quiche lorraine.
Ludi me rejoint bientôt.
Le temps de récupérer le vélo et les sacs j'entends l'arrivée de tous les TDR sauf JB Pile qui finira plus tard.
Je remonte vers l'hôtel avec JB B qui parle, qui parle... :)

En résumé: satisfaisant mais avec un goût d'inachevé.
La natation, le col de l'Ecre trois tours de course à pieds de pur plaisir.
Le col de St Pons, la descente, et 10km à pieds, difficiles (euphémisme M°Capello...).
Finisher encore une fois et pourtant... C'était pas gagné. Pas gagné parce que pas préparé, pas gagné parce que pas forcément motivé (là y a message...), pas gagné compte tenu du déroulement de la course.
Pas mécontent de l'avoir fait mais en oubliant pas (pour ceux que ce genre d'épreuve pourrait impressionner) qu'il n'y a pas d'homme de fer, il n'y a pas d'homme fort, il n'y a que des hommes entraînés.

Pour la phase récup passive et retour maison: a demain.

2 commentaires:

  1. J'aime le compte rendu, car on peut vivre la course par texte interposé.

    Je n'aurai pas du être là, et je ne suis pas venu car je ne voulais pas vivre cette expérience. Vous m'avez fait rêver, mais je n'ai aucun remord.
    Pour moi un Ironman c'est une course pour soi, pour se connaitre, pour se dépasser, mais pas pour prouver des choses aux gens. Juste se découvrir des forces que l'on ne soupconnait pas.
    Quan tu dis: qu'il n'y a pas d'homme de fer, il n'y a pas d'homme fort, il n'y a que des hommes entrainés. Je suis absolument pas d'accord, l'entrainement n'a rien à voir, tu as beau être le plus fort du monde à l'entrainement, si en course tu ne te sublimes pas, tu restes derrière ou tu abandonnes. Tous les finishers ont pour moi des hommes fer, tous les inscrits sont des hommes forts.

    Quant tu dis ne pas avoir été préparé, je suis là aussi pas d'accord, car physiquement de mon oeil d'éducateur sportif tu étais au top (tes résultats précédents l'ironman aurait du te conforter dans cette idée) mais tu te persuadé du contraire, en disant tout le temps que tu ne l'étais pas... c'était hyper casse couille, mais nous étions là pour essayer de te rassurer...

    Pour ce qui est de la motivation...
    Je ne comprend moi même pas le message, et pourtant je pense bien te connaitre. Si tu n'étais pas motivé, il ne fallait pas y aller, et assumer. La motivation est elle réapparu après la course? l'ironman t'as-t-il aporté?
    Je le pense...

    Je me permet de juger, mais ton Ironman t'es propre, tu m'a fais revé, et même souffrir pendant la course, mais toi seul gardera les souvenirs...

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  2. Il n'y a pas de pré-disposition pour relever ce défi. Tout le monde peut accéder au Graal. Il faut juste s'entrainer et être un minimum motivé. C'est en ce sens qu'il faut comprendre l'expression. Peut être le devient-on après avoir franchi la ligne mais avant il n'est nul besoin d'être un homme de fer.

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